7.7.10

Samedi 26 juin: Retour

Lever pas trop tot, on sait desormais qu'il ne se passe rien avec plusieurs heures. J'ai vraiment envie de prendre des photos, histoire de ne pas rentrer les mains vides et limiter la frustration de l'episode. On depose nos bagages a l'entree de l'hotel et prenons un taxi vers la medina. Un vrai labyrinthe, et, franchement, pas vraiment agreable a visiter. Ici, quelques voitures et beaucoup de deux-roues reussisent a se faufiller dans les ruelles etroites. En plus du ciel bien couvert, la ville est tres polluee. On essaie de nous embobiner a chaque coin de rue dans des combines elaborees impliquant plusieurs guides. On resiste, mais finalement Jayne accepte de suivre un type qui justement va ou nous voulons aller (nous cherchons le Cafe Arabe). C'est clair qu'il ne prend pas le chemin le plus court et nous sommes rapidement desorientees, on a l'impression de tourner en rond sans jamais toutefois se retrouver a la meme place. On croise de moins en moins de touristes, surtout a l'approche des tanneries. On nous promet des tanneries speciales qui ne sentent pas mauvais. Je vous passe les details, c'est du pipeau. L'odeur est insupportable meme avec le nez plante dans un bouquet de menthe fraiche. Nous declinons toute visite commerciale suggeree pour notre "guide", qui finit par nous laisser tomber au milieu de nulle part. Difficile de demander notre chemin, chacun nous indique un chemin different. On repere finalement une porte, et apres un autre dedale de ruelles, nous retrouvons sur une route principale. On recupere un taxi pour revenir a la place principale. On repere un petit restau a l'etage, et pendant qu'on attend les plats, je file encore prendre des photos, et me fait faire un henne a l'autre main. De jour, je peux apprecier la technique. Le temps aussi d'apercevoir des charmeurs de serpents, des montreurs de singes, et des etalles bizarres comme ce type qui vend des dentiers partiellement complets a cote d'une pile de dents humaines.

Retour a l'hotel et depart. Je dois dire que je suis contente de quitter Marrakesh, mais un peu triste de quitter le Maroc.

Vendredi 25 juin: Essaouira - Marrakesh

Depart prevu en milieu de journee. Je m'eclipse alors que tout le monde dort encore et vais faire un tour du cote du port. Comme tout le monde se couche plutot tard, hormis les ballayeurs, les ruelles sont tres calmes. Les commerces n'ouvrent pas avant 10-11 heures. Enfin, d'apres la pencarte, ce qui n'est pas une garantie en soit.

Apres le petit dejeuner, shopping, shopping, shopping. Des poteries, des chameaux, en bois, en cuir, des lampes en peau de chevre. Et deux tagines. Ca va etre facile de ramener tout ce bazar, mais c'est tellement tentant. Je prends plein de photo de ce que je ne peux pas emmener.

Midi. Abdel nous recupere a l'hotel pour le trajet vers Marrakesh. Je reviendrais a Essaouira, c'est sur.

Trois heures de route avec petit arret dans une cooperative de femmes qui fabrique de l'huile a partir des amandes d'argane. Visite tres interessante, mais la aussi, pas de doutes, les marocaines sont tres bonnes pour vous vendre n'importe quoi, surtout si on n'en a pas besoin.

Retour a l'hotel Caspian. On profite de la piscine pour se tremper les pieds en sirontant des sodas. Il serait probablement indecent de s'y plonger entierement. Abdel nous donne rendez-vous pour le repas du soir pres de la place #######. Tres chouette restaurant sur le balcon d'une grande maison, vue superbe sur la ville au coucher du soleil. Je crois qu'on va enfin comprendre que les maroccains ne mangent pas avant 10-11 heures du soir. Alors qu'on grignote survient un pepin monstreux: en voulant rechercher une photo, mon appareil photo, ou plutot la carte, bloque, avec toutes les photos du voyage a l'interieur. Catastrophe, j'en hurlerais. Peut rien faire pour l'instant que ne plus toucher cette carte, en esperant sauver quelque chose au retour. Je me console en me disant que les autres ont pris elles aussi quelques photos (quoique de loin pas autant, et probablement pas avec les memes idees en tete, soit des idees de peinture, de couleurs et d'ambiance).

Apres le repas, ballade sur la place ### avec toutes ses roulottes et ses ruelles de souks. Pas vraiment la meme atmosphere qu'a Essaouira. Ici, c'est le racolage, le marchandage agressif, et comme par hasard, personne n'a jamais de monnaie pour rendre le change. Ce harcelement continue, ca devient vite fatigant. Alors que je marche vers un stand d'epices pour prendre des photos, quelqu'un saisit ma main libre et commence a y appliquer des dessins au henne. Non que le henne me deplaise, au contraire, j'en ai l'habitude, mais tout de meme, la technique est un peu trop directe. Je continue a prendre mes photos pendant que la fille couvre ma main de motifs. Apres avoir saupoudrer son "oeuvre" de paillettes (ca porte bonheur, et a ses dire, je serai mariee dans l'annee... Dois pas etre bien observatrice, la fille...), elle me demande un prix ridicule. Je negocie ferme mais vais quand meme devoir payer un petit quelque chose.

6.7.10

Jeudi 24 juin: Dernier galop

Nuit tranquille a part quelques camions tot le matin. On regarde ce retour a la civilisation d'un oeil suspect. Pas vraiment prets a y replonger.

Depart pour 3,5 heures de selle. Sur la plage d'abord, derniere ballade sur le sable, au bord des vagues. Dernier galop. Petit accrochage en fin de course avec le cheval d'Andrea qui ne s'arrete pas aussi vite que prevu et vient mordre la croupe de Driwich, mon cheval. Je n'ai pas vraiment conscience de ce qui se passe comme Driwich cherche a tout prix a eviter les problemes, et au lieu d'envoyer un bon coup de pied, se met a danser nerveusement. Tout est rapidement maitrise.

On repart vers les collines. Les proprietes, souvent vides, se font plus nombreuses, les villages plus denses. Plus on avance vers Essaouira, plus la vegetation se recouvre de thuyas. Les arbres sont plus hauts, plus serres, plus epineux aussi. Je me fais griffer bien quelques fois au visage et aux jambes. En cours de ballade, nous croisons, entre autres, une tortue et un superbe lezard bleu. On a moins de peine a partager la decouverte avec la queue du groupe, c'est nettement moins rapide que les ecureuils.

Arrivee au dernier camp de midi, quelque part le long de la route qui mene a Essouira, en bordure de foret, a cote d'une pompe eolienne. Pratique pour nos chevaux assoiffes, mais aussi pour tous les troupeaux du coin qui passent continuellement, sans toutefois se melanger.

Apres un dernier repas sous les arbres, un camion vient recuperer le materiel et les chevaux. Nous suivons de pres les operations, un peu perplexes quant a la technique pour installer les chevaux a l'arriere du camion, sans rampe ni moyen evident de les faire monter. En fait, une fois tout le bazar installe, une epaisse couche de paille etallee dans le fond, le camion va se caller dos a un escarpement le long de la route (ca bloque un peu le traffic, mais rien de tres inhabituel). Un petit tremplin est improvise avec des pierres entre le talus et le camion, et les chevaux entre au plat a l'arriere. Et bien serres les uns contre les autres, ca evite les coups de sabot.

Depart en bus pour Essaouira. Abdel reste avec nous. Nous arrivons juste quelques heures avant le debut du Gnaoua, grand festival de musique du monde qui debute par une parade bien bruyante et coloree depuis la rue principale de la Mogador. Tout a fait ce qui me plait.

L'hotel, au coeur de la Medina, n'est pas atteignable en voiture. C'est peut-etre ce qui fait le charme de la vieille ville, l'absence de gros vehicules. Nos bagages sont installes sur une charette a bras, que nous suivons jusqu'a l'hotel. Apres avoir pris possession de nos chambres, je depose mes bagages et ressort dans la rue m'acheter de nouvelles chaussures. Mes chaussures de marches sont finalement completement hors d'usage. Je vais d'ailleurs les laisser la, dans la Maison du Sud, un bon endroit pour une retraite apres de si bons services. Mes chaussures de sport sont toujours un peu humide du dernier bain maritime, et franchement, fait trop chaud pour les mettre.

Ballades dans la Medina avec les filles, shopping et marchandage. Eh oui, faut s'y mettre, meme si je n'aime pas trop. On prend vite un peu d'assurance, enfin, on a l'impression de se debrouilller, mais je ne sais pas jusqu'a quel degre.

Alors que j'accompagne Jayne et Andrea dans une gallerie de peintures, j'entends beaucoup d'animation dans la rue principale, juste apres la porte de la Medina: toutes les troupes presentes au Gnaoua defilent en faisant des demonstrations. Beaucoup de percussions en tout genre, des chants, des danses, et des costumes tres colores. J'en profite pour faire quelques portraits photo.

Apres le repas, nous retournons nous promener dans les ruelles. C'est a la tombee de la nuit que la ville s'anime. Beaucoup de monde, mais on s'y sent tres a l'aise. Arrivees sur la place principale, nous nous joignons a la foule massee devant la scene. Aucune idee qui joue, ca change sans arret, mais Andrea et moi y restons jusque tard dans la nuit.

2.7.10

Mercredi 23 juin:

Nuit tranquille, ni grand vent, ni anes bruyants, juste un precipice a cote de la tente mais qui n'a empeche personne de dormir.

On repart dans les forets d'arganiers, on traverse quelques villages qui semblent toujours aussi deserts. Moutons, chevres, anes, dromadaires... J'apprends que les dromadaires (une bosse) du Maroc, tres robustes, sont un poil agressifs et plutot difficile a domestiquer, alors que le dromadaire du Mali, plus clair, tout en etant un peu moins forts, sont beaucoup plus facile a dresser. On essaie d'en faire des croisements pour avec le meilleur des deux.

Un de nos chevaux, Anaka (le rapide au galop) a le sang un peu chaud et s'excite facilement a la vue d'une mule, d'un ane ou tout espece qui y ressemble vaguement. Il se met a hennir et piaffer, et meme si la cavaliere qui le monte sait tres bien le tenir, ca peut etre impressionnant. Ce matin, les deux sont en tete, et alors que nous avancons sur un chemin etroit, nous devons croiser deux femmes et leur ane charge. Essayant de les faire s'ecarter un tout petit peu, la cavaliere fait alors un signe qui, dans la plupart des langues, pourrait s'apparenter a "Ouste, degagez". Une des femmes repond alors avec un grand sourire, et en berbere: "Mais, j'habite ici, moi!!!".

Peu avant la pause de midi, nous traversons un petit oasis. On laisse les chevaux boire et brouter un peu d'herbe avant d'aller s'installer sur la hauteur pour quelques heures. Pas de tente pour le repas, mais un tres bel arbre sous lequel on a installe les faux tapis tresses et nos matelas.

L'apres-midi, les arganiers se font plus rares a l'approche d'Essaouira. On comment a voir un peu plus de constructions, constructions qui ont toujours l'air soit abandonnees, soit en chantier permanent mais avec l'air tout aussi abandonnees. Nous descendons bientot vers une premiere plage, puis une seconde et une troisieme, toutes tres longues et desertes. Petits bains, marche, trot, galops, puis grands galops ou j'ai encore de la peine a avoir toute confiance en mon cheval et mes capacites equestres. Mais les galops sont deja tres rapides, et c'est amplement suffisant pour moi.

Au retour de la plage, nous devons passer a cote de trois dromadaires. Les chevaux ne sont pas tres chauds, c'est vrai qu'ils nous regardent de haut, ces betes, et on les sent un peu sournoises. Je me rends compte que Driwich en a une sainte frousse et je dois trouver un autre chemin.

Dernier camp dans un camping au bord de l'abandon, balaye par le vent. Spot parfait pour les planches a voile qu'on apercoit un peu plus loin. Seul changement par rapport au camp habituel: nous avons acces a la salle de bain du camping. Franchement, on regrette toutes rapidement notre tente douche portable. Eh oui, nous avons meme une "salle de bain": tente bedouine blanche avec toujours ces memes tapis style raffia a motifs marocains, mais bonne imitation en plastic, petite palette de bois posee sur le sol avec un seau et un fond de bouteille d'Evian pour la douche, toilettes de camping, et meme deux cordes qui partent du mat central pour y poser notre linge. Et n'oublions pas la lanterne une fois la nuit tombee. Tout de meme bien plus romantique que ces toilettes de camping ou on n'ouvre la porte qu'a grand peine.

1.7.10

Mardi 22 juin:

Le vent a legerement faibli, mais tout est recouvert d'une mince couche de sable malgre les deux epaisseurs de tente. A l'heure du petit dejeuner, j'essaie encore de reparer mes chaussures avec le reste de colle. Peine perdue, a peine quelques pas et mon cheval me marche sur le bord du talon. La semelle ne tient plus que par la sangle qui passe sous le pied. La seconde chaussure adopte rapidement le meme look, et au trot, j'ai l'impression de porter des claquettes. A pied, ce n'est guere mieux.

Ballade dans les forets d'arganiers. On croise quelques dromadaires, des troupeaux de chevres et des anes charges de paniers. Maintenant qu'un peu de la confiance en mes capacites equestres est revenue, je peux laisser mon esprit vagabonder et mediter. Je laisse aussi tomber mes etriers quand le terrain s'y prete, histoire de soulager mes genoux.

Nos chevaux sont exceptionnels, de tres belles betes qui ont joue dans des films (c'est a la mode, les films epiques tournes au Maroc). Nos deux guides cavaliers sont tout aussi exceptionnels, Abdel, notre guide de tete, et Abdu, responsable des chevaux et qui monte Atlas, un superbe etalon au fort temperament et aux galops rapides comme l'eclair. Tous deux sont de fantastiques cavaliers, et c'est un plaisir de les voir communiquer avec leurs chevaux, le plus souvent pas des paroles tres douces et beaucoup de respect. Le meme respect qu'ils attendent de nous envers nos montures, ce qui est loin de nous gener. Ils nous expliquent aussi que les chevaux se sentent responsables de nous, et malgre quelques petits accrochages de temps en temps (le coup des etalons), ils font tout pour nous eviter des accidents. Mon cheval s'appelle Driwich, qui veut dire Le Gentil en arabe (ou berbere, me souviens plus). Un tres bon cheval, doux mais pas mou et qui n'a pas peur des galops. Par contre, je me suis vite rendue compte qu'il n'aimait pas trop les descentes.

Pause de midi sur les hauteurs, dans une foret d'arganiers. A nouveau on installe la grande tente pour le repas et qui, sitot termine, devient notre quartier pour la sieste. Tout le monde s'endort tres rapidement.

Depart pour l'apres-midi. Journee plus courte aujourd'hui, 5 heures de cheval. Devant l'etat de mes chaussures de marche, je decide de monter avec mes chaussures de sport. Pas genial, mais au moins les semelles tiennent. On poursuit la ballade entre les arganiers. Le vent a un peu faiblit mais la communication entre les cavaliers rencontre d'autres problemes. Quand le cavalier de tete nous fait remarquer un joli ecureuil sur un rocher au bord du chemin, ca passe vite du "Joli ecureuil sur un rocher" a "Rocher sur lequel il y avait un joli ecureuil". A part les trois premiers cavaliers, les autres, on se demande bien a quoi ressemble les ecureuils maroccains. Quelque chose d'environ 80 cm de haut et forcement splendide...

Arrivee a la plage. Apres un bain pour les chevaux, Abdel nous explique la formation qu'il aimerait nous faire faire au trot, puis au galop. Une fantasia. Petit trot l'un derriere l'autre, puis petit galop, on se met en ligne et woooosh, grand galop jusqu'au bout de la plage. Evidemment, tout le monde n'a pas compris la meme chose. Je suis le cheval de tete, Anaka, une bombe au galop, qui ralentit ensuite, confus, avant de repartir a toute vitesse. Mon cheval le suit tres bien la premiere fois, puis se met a danser devant la confusion, et il me faut un moment pour le relancer. Mais beau galop en fin de compte, sur une longue plage avec quelques bateaux croupissants dans un coin.

On remonte un peu sur la colline pour le camp du soir. Mes chaussures de sport on tenu le coup mais sont trempees (on a tendance a etre bien mouilles en baignant les chevaux). En attendant qu'elles sechent, pendant la nuit, je me contente de mes chaussures de marche cassees. Avec les semelles qui pendouillent, je dois faire de grands pas et ai plutot l'air ridicule.

Lundi 21 juin: Grand Vent

Lever a 6h30. Je ne suis pas prete a recuperer mon sommeil, mais le reveil se fait en douceur, en entendant nos chevaux hennir de bonheur a l'arrivee de leur gamelle.

Longue journee de cheval aujourd'hui, 7 heures en tout, avec une bonne sieste au milieu. Pour partir du bon pied, je tente une premiere reparation de fortune sur mes chaussures de marche: toile de sparadrap sur l'avant du pied, et sangle a sacoches entre l'avant et le talon, avec un petit tour autout du coup de pied. Ca devrait tenir quelques heures.

Longue ballade dans les "forets" d'arganiers, puis sur les collines qui descendent vers l'ocean. On traverse quelques bleds qui semblent souvent deserts a parts quelques enfants, mais on s'apercoit vite que les portent s'entrouvent sur des visages de femmes qui nous regardent passer. Toujours des troupeaux, de chevres et de moutons, des petits anes au trot rapide avec ou sans cavalier assis de cote sur un tapis entre deux grands paniers qui pendent de chaque cote. Etrange habitude que de monter en amazone, et qui semble se propager a d'autres moyens de locomotions comme la bicyclette ou la mobylette.

Apres quelques petits trots et galops entre de petits buissons a quelques metres au-dessus des falaises sablonneuses, nous remontons un peu pour le camp de midi. Le bus nous y attend, non seulement pour notre confort, mais surtout pour les chevaux. Pas facile en effet de trouver de l'eau et de l'herbe pour nos montures dans cet environnement. La paille est stockee sur le toit du bus, qui lui-meme se debrouille pour remplir ses nombreux jerricanes d'eau fraiche en cours de route. La grande tente mess a meme ete montee pour nous donner un peu d'ombre pour le repas et la sieste. Ah, les siestes, de vraies siestes pendant les heures chaudes, sur les matelas, avec juste une petite brise et de temps en temps le bruit des chevaux qui manifestent. Cette premiere sieste a tout de meme ete ecourtee par le passage d'un troupeau de chevres a travers le camp. Plutot affectueuses, les chevres, et bruyantes. Elles appellent sans arret leurs copines, et n'avancent pas tres vite.

Depart pour l'apres-midi, toujours sur les falaises surplombant l'ocean. Entretemps, le cuisinier m'a trouve un peu de colle pour reparer mes chaussures. Ca tient deja mieux que le sparadrap qui pendouille sur les cotes. Petits trots sur de larges chemins blanchis par le soleil, avant de redescendre vers la mer et la plage. Le vent s'intensifie a mesure que nous approchons du rivage. On essaie parfois de faire passer une information sur une plante, un animal ou un detail du paysage, mais passe le troisieme cavalier, c'est un peu perdu dans le courant d'air. Nous traversons des etendues de sable fin ponctuees de petits buissons, puis nous arrivons sur une plage immense. On trottine dans les vagues, les vagues qui vont et viennent nous desorientent completement depuis nos selles, mais les chevaux adorent. Apres le petit bain, galop au bord des vagues, contre le vent (heureusement, etant donne que je ne suis montee sur un cheval qu'une seule fois les 4 dernieres annees, je ne suis pas completement a l'aise pour les grands galops: le vent de face ralentit legerement l'allure...). Puis nous rejoignons le camp, un peu en retrait de la plage, derriere un petit groupe de palmiers qui ne nous protege pas vraiment du vent de plus en plus violent. Le sable se souleve et pique les yeux, et nous observons anxieusement nos tentes qui s'aplatissent sous les rafales. De l'interieur, on a l'impression d'etre pris dans un cube de gelatine qui s'etire dans tous les sens. Le vent continue a souffler toute la nuit, personne ne dort beaucoup.

Dimanche 20 juin: Marrakesh - Imsouane

1:50 du matin. On arrive finalement à Marrakesh. Une heure de décallage horaire avec la Suisse, mais tout de même, ça fait tard. Le temps de retrouver mon bonhomme à pencarte à l'aéroport, et après un court trajet dans la ville, très animée encore à cette heure, j'arrive à l'hotel à 2:30. A la reception, on me tend un message qui m'apprend que nous quittons l'hôtel à 7 heures le matin. Ça va faire court la nuit.

6:50 du matin. Je descends à la reception avec mes bagages et rejoins le reste du groupe dans la salle à manger. Comme toutes les tables sont vides sauf une, je suis vite repérée. "Cheval d'Aventures?". Eh oui. Ça va être une ambiance très british. Quatre filles sympas, toutes anglaises, et toutes avec une bonne dose d'humour et de dérision. Dont une qui teste la rando pour son agence, mais n'a pas l'air au courant du programme plus que nous. Ça fait partie de l'aventure, de toutes façons.

4 heures, non, 5, enfin disons 6 heures de route pour arriver au départ de la rando. On s'apercevra vite que la notion des heures inclue quelques souplesses dans le coin. Nous faisons connaissance pendant le trajet, et on plaisante sur l'éventuelle surprise de l'expédition (il y en a toujours quelques-unes): à quoi vont ressembler nos montures? Vont-ils nous faire le coup des étalons?

Les chevaux nous attendent dans un camping à Imsouane, petite localité au bord de l'Atlantique entre Agadir et Essaouira. Eh oui, ce sont bien de superbes étalons qui nous attendent, étalons arabes mêlés de berbères. On s'inquiète toutes un peu, connaissant la réputation des montures, mais comme les juments sont bien trop précieuses pour être montées ici, on va devoir s'y faire. En fait, on nous explique qu'il faut être aux aguets le premier jour, histoire d'établir une hiérarchie claire dans le groupe, et après, ça devrait bien se passer.

Pour une fois, on va etre des cavaliers serieux. Tout le monde porte une bombe, et nous sommes chacune responsable d'etriller, brosser et seller notre cheval. Avant le depart, on fait un petit tour dans une arene improvisee sur les falaises, une facon de tester non seulement l'ordre de nos chevaux et leurs compatibilite, mais aussi nos competences en selle. Petit pas, petit trop, et nous nous mettons en route pour trois heures dans les collines qui descendent vers la mer, parfois sur des sentiers, parfois des presque pierriers ou des lits de rivieres qui n'ont pas du voir d'eau depuis un moment. Tres forte brise marine, on se protege avec des foulards, mais il est vite difficile de communiquer. On a parfois l'impression de verser sous la pression du vent. Les chevaux n'ont pas l'air trop concernes et avancent d'un pied sur et tranquille. Nous traversions un ou deux bleds sur les hauteurs, mais ne rencontrons pas grand-monde.

Apres 2 heures de route, mes genoux commencent à faire tres mal. On s'inquiete souvent pour les fesses, surtout apres 2 ans sans monter, mais je sais par experience que ce sont les genoux qui souffrent en premier chez moi. Mes pieds sont quelques part plus bas, mais je ne les sens plus vraiment. Je demande finalement qu'on descende les etriers de quelques crans. Oh bonheur, ca va tout de suite mieux.

Arrivee au camp, sous les arganier. Excellente petite collation d'abricots et de dattes seches et de delicatesses marocaines, avec le toujours excellent the à la menthe. Le repas arrive bien plus tard, vers les 10-11 heures du soir. On prend note. Pas mal de vent, toujours.